Historique
Des débuts "internationaux" en 1922

La Ligue de l'Ouest de Football Association (LOFA), qui a précédé la Ligue de Bretagne de football, regroupait en une sélection dénommée Equipe de l'Ouest des footballeurs licenciés dans l'Ouest de la France, notamment des professionnels entre 1932 et 1941. Ils furent Bretons, Français, Allemands, Autrichiens, Hongrois, Tchèques, licenciés au Stade Rennais. Durant cette période, l'équipe de l'Ouest rencontrera deux équipes nationales : le Luxembourg (1922, 1923 aller et retour, 1924, 1925, 1939) et la Norvège, le 1er novembre 1923 à Rennes. Après la seconde guerre mondiale, la LOFA cessera d'avoir autorité sur les footballeurs professionnels.

C'est seulement en 1972 que, sous l'égide du FC Lorient, le comité d'organisation du Festival interceltique de Lorient, emmené par Pierre Guergadic, tente à nouveau de mettre sur pied une sélection professionnelle, composée cette fois uniquement de joueurs de naissance ou d'ascendance bretonne. Un match intitulé Bretagne v. Écosse est alors programmé pour le mardi 1er août 1972 à Lorient. Mais les clubs professionnels français, qui préparent à ce moment-là la reprise de leur championnat respectif et sont soucieux de leurs intérêts légitimes, empêcheront la plupart des joueurs sélectionnés (Blanchet, Floch, Keruzoré, Eo, etc.) de participer à cet événement.

A défaut, un FC Lorient renforcé - sous la direction d'Yves Boutet - jouera tout de même contre le club écossais de Falkirk emmené par un certain Alex Ferguson (victoire de Falkirk 2-1, but de Le Gouguec pour la sélection lorientaise). Le souvenir marquera néanmoins les esprits des joueurs bretons tels que Jegouzo, Cardiet, Goueffic et Marette. En août 1973, le credo du comité d'organisation du Festival interceltique est d'encourager la culture populaire, la pratique des arts et des sports. Ainsi naissent les premiers jeux des nations celtes et un tournoi interceltique seniors des clubs de football (Ayr, Cork, Concarneau, Lorient). Puis, entre 1974 et 1983, sera organisé un tournoi interceltique Juniors auquel participera une sélection de la Ligue de l'Ouest dénommée "Bretagne", amputée des juniors de Loire-Atlantique. 

Pour un tournoi interceltique avec le parrainage de la Ligue de l'Ouest

Il faudra ensuite attendre les années 80 pour voir l'idée repartir, avec la création, le 8 mars 1982, de l'association Araok Vreizh, basée à Châteaubriant. Elle est présidée par le Dr. Michel Gaubicher, avec Fañch Gaume comme secrétaire général. Elle prône la mise en place d'une équipe de Bretagne professionnelle dans le cadre d'un tournoi de football interceltique. La FFF et son président, Fernand Sastre, se positionnent le 19 mars 1984 : "L'organisation d'un tournoi avec des équipes étrangères suppose bien entendu l'accord préalable des associations européennes et de la Ligue [régionale] organisatrice. L'autorisation de la Fédération ne peut être donnée qu'à partir d'un dossier comprenant ces accords et celui des clubs auxquels sont licenciés les joueurs retenus régionalement."

Par la voix de son président Léon Guiard, la Ligue de l'Ouest se déclare, le 21 mars 1985, disposée à parrainer les matches de l'équipe de Bretagne dans un tournoi interceltique : "Nous vous faisons savoir que nous sommes ouverts à toutes manifestations régionales réunissant les équipes de football des diverses régions ayant entre elles des affinités culturelles. [...] Pour ce qui est des joueurs professionnels, nous n'avons sur eux aucun pouvoir de sélection. Il n'y a entre eux et nous aucun lien de subordination. Ils appartiennent à leur club qui, lui, est géré par la Ligue Nationale et non la FFF. Nous pourrions toutefois accepter de parrainer une telle entreprise [l'équipe de Bretagne professionnelle] mais ce serait à vous, et à vous seul, d'obtenir l'accord de ces clubs et de ces joueurs, en précisant le lieu et les dates de ces manifestations, que nous pourrions fixer d'un commun accord."

Araok Vreizh va conduire des démarches entre 1985 et 1987 pour créer un tournoi interceltique. Le 9 septembre 1985, la veille du match éliminatoire de coupe du monde Pays de Galles v. Ecosse, Fañch Gaume va sonder la FA of Wales et la Scottish FA à ce sujet. Des conversations informelles seront suivies d'échanges de correspondance et d'autres entretiens auront lieu lors de matches internationaux. Alors que le Pays de Galles montra un intérêt certain, l'offre ne fut pas acceptée par l'Ecosse. Les lettres de la Scottish FA indiquant son refus indiquaient comme raison la difficulté de trouver des dates adéquates mais le rédacteur en chef des sports du "Glasgow Herald" Jim Reynolds présenta les raisons les plus probables, dans son édition du 7 novembre 1986 : "Cela ne fait que deux ans que l'Angleterre et l'Ecosse ont mis fin au Championnat Britannique en arrêtant de jouer contre l'Irlande du nord et le Pays de Galles. Les chances d'un tournoi interceltique impliquant l'Ecosse sont donc à écarter."

Les internationaux Yannick Stopyra, Pierrick Hiard et Patrick Delamontagne expriment leur enthousiasme alors que Claude Le Roy, nouveau sélectionneur du Cameroun, qualifie l'idée de "géniale". Néanmoins, ne voulant pas sélectionner les joueurs directement, Araok Vreizh ne confiera pas au FC Lorient l'organisation d'un match prévu face à l'Islande, le mardi 30 avril 1985 (deux jours avant un match Bulgarie v. France). Araok Vreizh, souhaitant toujours que ce soient la FFF et la Ligue de l'Ouest qui organisent mais aussi sélectionnent directement, ce que n'ont pas vocation à faire ses deux entités, la sélection de Michel Le Milinaire restera à nouveau à quai alors que la Suisse avait accepté, le 10 septembre 1985, le principe d'une rencontre avec l'équipe de Bretagne.

Le renouveau en salle contre les États-Unis

De facto, Bretagne Football Association (BFA) prend officieusement la relève sous la houlette de Fañch Gaume. Seul un club affilié à la FFF pouvant organiser un match, l'AS Brestoise, relève le défi, sous la conduite de Jacques Jousseaume, dirigeant et joueur. Les Brestois obtiennent l'autorisation de la FFF, après multiples formalités, d'organiser la rencontre en salle Bretagne v Etats-Unis, le vendredi 30 décembre 1988 au Palais des Sports de la Ville de Brest. Du même coup, il met sur pied la première véritable équipe de Bretagne professionnelle de l'histoire. Le 4 juillet 1988, lors du congrès de la FIFA à Zurich, les États-Unis avait obtenu l'autorisation d'organiser la Coupe du monde de football de 1994. 13 joueurs américains débarquent alors en Bretagne pour préparer la 1ère Coupe du Monde de Futsal. Sont là les futurs Mondialistes de 1990, Mike Windischmann (capitaine en 1990), Steve Trittschuh, Tab Ramos, Peter Vermes, Eric Eichmann, Bruce Murray et David Vanole.

Côté breton, Jacques Jousseaume doit batailler ferme pour libérer les joueurs professionnels bretons durant la trève hivernale. Hiard, Stopyra, Amisse, Delamontagne, Le Guen, entre autres, ne seront pas là et Yvon Le Roux se décommandera en fin de compte. Mais l'équipe sera redoutable, avec le remarquable technicien Gourcuff et le buteur Tibeuf, entourés de jeunes joueurs dont on reparlera comme Le Garrec, Colleter, Pouliquen, Salaün et Martins. Le groupe breton sera le suivant : Stéphane Le Garrec, Jean-Pierre Bosser, Joël Cloarec, Patrick Colleter, Christian Gourcuff, Jean-Yves Kerjean, Pascal Laguillier, Stéphane Le Garrec, Philippe Le Guern, Corentin Martins, Pascal Mellaza, Yvon Pouliquen, Ronan Salaün, Denis Stéphan et Philippe Tibeuf. Dans une salle comble, la rencontre, disputée en deux mi-temps de 25 minutes, sera d'abord très équilibrée, avant de tourner à la démonstration avec un one-man show de Philippe Tibeuf, alors à l'AS Saint-Etienne. Les Bretons trouveront vite leurs automatismes, même en salle, et battent 6 buts à 2 les États-Unis, futurs médaillés de bronze du Mondial de Futsal 1989. Tibeuf (3 buts), Colleter (2 buts) et Cloarec sont les buteurs de l'équipe de Bretagne.

Comme plus tard avec le Cameroun, les organisateurs bretons eurent à débourser beaucoup, voire trop, pour un match international. L'événement restera pour l'heure sans lendemain, tout comme le projet d'équipe de Bretagne en salle en tournée aux États-Unis ou d'un club brestois de football en salle. La victoire de la sélection de la Ligue de Bretagne Cadets lors de l'Eurofoot U-17 de Saint-Brieuc en 1992 (néanmoins sans le moindre joueur originaire d'un club de Loire-Atlantique mais avec le gardien Tony Heurtebis originaire de Saint-Nazaire) apportera alors une grande joie au public breton, en attendant le retour des professionnels.

L'instauration officielle de Bretagne Football Association

Bretagne Football Association (BFA) est finalement officialisée le 18 juillet 1997, pour rassembler les footballeurs professionnels bretons et ancrer enfin l'équipe de Bretagne en gérant ses activités, sous la direction de Gérard Russo (président), Fañch Gaume (secrétaire général), Claude Le Roy (directeur technique) et Charles Biétry (président d'honneur). Suite aux recommandations et encouragements, dès mai 1997, de Aimé Ily (ex-dirigeant de la FFF), de Fernand Sastre et Michel Platini (co-présidents du Comité français d'organisation de la Coupe du monde 1998), l'équipe de Bretagne est mise en place. La Coupe du Monde s'arrêtant à Nantes pour plusieurs matches (dont un quart de finale), le but est d'offrir un adversaire aux différentes équipes nationales qualifiées, sous forme de matches de préparation précédant cet événement planétaire.

BFA souscrit une assurance complémentaire pour les joueurs, réunit un staff médical familier du football professionnel, trouve un accord avec le Stade rennais, sous l'impulsion de Gérard Le Fillâtre, son directeur sportif, qui accepte d'être le club organisateur, afin de respecter les règlements de la Fédération française, qui donne donc son autorisation. Charles Biétry, en instance de départ pour le Paris SG, obtient même la diffusion en direct sur Canal+. Un cadeau d'adieux. Mais la Fédération française fait soudain volte face. Dans un courrier du 12 mai, elle demande à Canal+ de renoncer à la retransmission, sous peine de "procédure".

La FFF argue d'une circulaire de la FIFA interdisant la retransmission en France des matches des pays qualifiés pour le Mondial 98. Constatant qu'un France-Norvège et un France-Espagne ont déjà été diffusés sur les écrans français, BFA demande l'arbitrage de la FIFA. Revenant sur une circulaire qu'elle reconnaît mal rédigée, celle-ci donne son accord par écrit. Courrier transmis à Gérard Enault, le directeur de la FFF. L'équipe de Bretagne foulera alors pour la première fois le gazon en rencontrant le Cameroun le jeudi 21 mai 1998 au Stade de la route de Lorient à Rennes, en direct et en prime time sur Canal+. Là encore, les bretons surprennent, tenant en échec le mondialiste camerounais, 1-1, grâce à un but égalisateur du Guingampais Rouxel juste avant la pause.

L'équipe de Bretagne remporta ensuite le Tournoi Indoor de Nantes (organisé par le FC Nantes sous l'égide de la FFF), le 2 janvier 2000, Lionel Rouxel, Nicolas Laspalles et Éric Loussouarn étant élus meilleurs joueurs de la compétition. 

10 ans après : Bretagne v Congo le 20 mai 2008

C'est grâce à l'action des anciens joueurs bretons que BFA va se redévelopper après quelques dix années d'ostracisme politique du directeur général de la FFF de l'époque. Le Club Bretagne Football, ou CBF (la section ex-Pros de BFA), emmené par Stéphane Carnot, Serge Le Dizet et Stéphane Ziani mais aussi par Jacques Jousseaume, joue pour la première fois le 21 avril 2007 lors d'une rencontre en salle disputée à Saint-Sébastien-sur-Loire, face à Africa Stars, une sélection d'ex-pros africains (Ben Salah, Kana-Biyik, Mabouang Kessack...). La vocation du CBF est de jouer des matches de bienfaisance, de gala et de jubilés mais aussi de rencontrer des sélections d'anciens internationaux d'autres pays.

Le 29 mars 2008, BFA annonça officiellement que l'équipe de Bretagne allait rencontrer le Congo Brazzaville le mardi 20 mai 2008 à Saint-Brieuc, marquant son grand retour après dix ans d'absence sur les terrains. Cette rencontre fut organisée par le Stade briochin, en collaboration avec BFA, l'En Avant de Guingamp et la Mairie de Saint-Brieuc. La télédiffusion fut assurée en direct par la chaîne Direct 8 (Groupe Bolloré), présente sur la TNT et Canalsat. Le Conseil Régional de Bretagne était également partenaire de l'événement.

Plus vive et homogène que son adversaire du jour, l'équipe de Bretagne s'imposa sur le score de 3 à 1 au Stade Fred Aubert contre une valeureuse équipe congolaise et dans une superbe ambiance, assurée par le Kop Breizh. C’est la première fois que la Bretagne remportait un match international après guerre (exceptée la victoire en salle de 1988 face aux États-Unis).

En 2010, l'équipe de Bretagne allait jouer la "Corsica Cup" contre la Corse (défaite 0-2) et le Togo (victoire 2-1), sous l'organisation de Corsica Football Association et la Ligue de Corse de Football.